• Canal+ accessible bientôt sans abonnement… comme Netflix!

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    En se débarrassant des décodeurs, la chaîne cryptée peut penser à une offre sans abonnement. Elle devrait être lancée avant la fin de l’année. La suite logique de l’annonce d’un partenariat avec Samsung donnant un accès direct à MyCanal sur ses téléviseurs.

    Le partenariat stratégique entre Canal+ et Samsung annoncé mardi 10 mai comme une première mondiale est le résultat de « la volonté de deux hommes », celle de Frank Cadoret, nouveau directeur de la distribution de Canal+ et de Stéphane Cotte, le vice-président Consumer Electronics de Samsung France. Telle est la lecture de l’événement d’hier, un peu romancée, par l’ancien directeur réseau de SFR mandaté par Vincent Bolloré en décembre dernier.

    C’est en réalité un travail qui a démarré il y a un an avec une idée relativement simple. Offrir l’intégralité du contenu de Canal+ sur les téléviseurs coréens, sans décodeur ou box TV. « Une seule télécommande, plus de décodeur », voici le message de simplicité envoyé aux clients. Les possesseurs de smart TV Samsung ont depuis hier accès à l’offre MyCanal, l’application mise au point pour les smartphones et tablettes. En connectant son téléviseur à internet, il suffit ensuite de cliquer sur la vignette MyCanal proposée dans l’interface du téléviseur. Les usagers pourront ainsi s’abonner à Canal+ directement via l’interface, sans avoir besoin d’attendre la livraison du fameux décodeur après quelques jours. Une satisfaction immédiate avec une offre premium qui n’interfère néanmoins pas sur les prix d’abonnements de Canal+. (toujours 39,90 euros par mois).

    C’est une forme de gentlemen’s agreement entre les deux groupes, l’un enrichissant son offre de contenu sur ses téléviseurs, l’autre espérant ainsi toucher un public plus large. Pour Frank Cadoret, « cette nouvelle aventure répond à un besoin essentiel, l’expérience client ». Le maître-mot de la soirée de lancement. Ils n’avaient d’yeux que pour le client! Celui qui ces derniers temps se demande bien ce qui se passe dans la maison Canal. Pour Samsung, c’est aussi un défi technologique. « Pour arriver à cette solution, il faut maîtriser la box et la télévision. C’est l’exploitation d’une technologie hardware au profit des clients », explique Stéphane Cotte.

    Ce partenariat exclusif a une durée d’un an au moins, selon ce dernier et va s’enrichir au fil de l’année de nouveaux contenus, avec des programmes en 4K notamment, une offre multiroom également.

    « C’est toute l’idée d’accéder à Canal+ de partout et facilement. C’est le prolongement logique de MyCanal [Au total, MyCanal représente 10.000 programmes à la demande, 6,2 millions de téléchargements, 30 millions de visites chaque mois et 1 million d’utilisateurs par jour] et du Cube S [un décodeur qui permet d’avoir accès aux contenus en déplacement sur un téléviseur] », explique Claire Barbaret, analyste à Invest Securities. Encore faut-il que cette offre se généralise chez d’autres constructeurs de télévision, selon elle.
    Une révolution pour la chaîne cryptée

    Mais au-delà de cette annonce, c’est aussi une révolution pour Canal+ qui se prépare lentement à l’après décodeur. Jusqu’à présent, tout client de la chaîne cryptée avait besoin d’un tel boitier ou bien d’une box TV pour accéder à l’offre payante de Canal. Or face à la concurrence de la VOD, de Netflix ou de BeIn Sports et leur offre à la carte, Canal+ paraissait totalement old school et dépassé. Et ça s’est ressenti. Vivendi a annoncé la perte de 400.000 abonnés sur un an dont 183.000 sur les quatre premiers mois de 2016. En supprimant le décodeur, le groupe peut se permettre de proposer une offre plus flexible.

    Selon Frank Cadoret, si Canal+ veut concurrencer les Facebook, Netflix et autre Spotify, il faut se débarrasser du coût du décodeur et prendre le train de l’avenir de la Pay TV. C’est pourquoi le groupe travaille fermement à une offre sans engagement qui sera disponible « avant la fin de l’année », lâche-t-il. Et de constater qu’aujourd’hui, « il y a une vraie fracture sur l’usage avancé de la télévision en France ». La solution totalement dématérialisée apparaît comme une offre d’avenir pour Canal+. Car pour Frank Cadoret, ce ne sont pas les programmes en clair qui font la différence. « Nos abonnés achètent Canal+ pour le sport, le cinéma et la télévision ». Et face à la concurrence des nouveaux arrivants sur ces trois créneaux, le groupe entend reprendre les recettes qui ont fait le succès de Netflix et de sa consommation à la carte pour attirer de nouveaux clients.

    Claire Barbaret reste sceptique quant au modèle économique d’une offre sans abonnement pour Canal+. « Toute la question est de savoir pourquoi le client va payer 40 euros par mois pour une offre qu’il peut désormais avoir ailleurs. La problématique est que l’offre de valeur ne correspond plus vraiment à ce que veulent les clients ». Et l’équation financière sera difficile à trouver. Attention à ne pas faire tomber le revenu par abonné, prévient-elle. « Canal+ est un grand paquebot très dur à manœuvrer et changer de cap est difficile. En face, il y a des acteurs beaucoup plus agiles », conclut-elle. L’équipe dirigeante mise en place par Vincent Bolloré fait face à une forte houle et sait pertinemment que l’immobilisme en termes d’offre sera synonyme de naufrage.

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